28 Jan 2026
Déception, pouce vers le bas

Lorsque le thème de la déception a été annoncé pour les collégiales de janvier 2026 du Collège Européen de Gestalt-Thérapie, à Bruxelles, je me souviens avoir pensé : ce thème ne me concerne pas vraiment.
Ou du moins, pas directement.
Je l’ai accueilli avec intérêt, curiosité professionnelle, mais sans vibration particulière.

J’ai écouté, réfléchi, échangé.
Et puis je suis reparti.

Ce n’est qu’après, dans le retour au cabinet, que quelque chose s’est mis à bouger.

Elle s’est invitée sans frapper

La déception n’est pas arrivée comme un sujet.
Elle est arrivée comme une présence diffuse.

Dans la voix d’un patient.
Dans un silence un peu plus lourd que d’habitude.
Dans une remarque anodine en groupe.
Dans un soupir, un retrait, une forme d’agacement contenu.

Je me suis surpris à l’entendre partout.
Comme si, soudain, elle avait trouvé un espace pour se dire.

Et je me suis aussi surpris à ne pas vouloir la voir tout de suite.

Ce que la déception vient toucher en moi

À force de l’entendre chez les autres, j’ai fini par sentir ce qu’elle venait toucher en moi.

La peur de décevoir.
De ne pas être à la hauteur.
De ne pas répondre à ce qui est attendu — parfois explicitement, souvent implicitement.

J’ai reconnu combien je pouvais être sensible au regard de l’autre :

  • à son attente,
  • à son espoir,
  • à son désir d’être reconnu, soutenu, compris.

Et combien, en creux, cela nourrissait aussi mon propre désir :
être reconnu comme thérapeute,
être aimé dans la relation,
être entendu dans ce que je propose.

La déception m’est apparue alors non plus comme quelque chose qui arrive à l’autre,
mais comme quelque chose qui circule entre nous.

Une attente qui ne se dit pas

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la manière dont la déception parle souvent d’une attente qui n’a pas trouvé de mots.

Une attente retenue.
Une attente honteuse parfois.
Une attente que l’on n’ose pas formuler, de peur d’en demander trop.

Alors elle s’installe autrement :

  • dans l’agacement,
  • dans la lassitude,
  • dans le retrait,
  • dans une forme de résignation silencieuse.

J’ai commencé à regarder la déception comme un signal discret, presque fragile,
qui dit : quelque chose d’important pour moi n’a pas été rencontré.

Ne pas la réparer

Ce déplacement m’a demandé un effort.
Celui de ne pas réparer.

Ne pas expliquer.
Ne pas rassurer trop vite.
Ne pas vouloir combler.

Rester là, avec la déception.
La laisser exister.
L’écouter sans la juger.

Et j’ai vu combien, lorsqu’elle est accueillie ainsi,
elle se transforme parfois d’elle-même.

L’attente devient plus claire.
Le besoin trouve une forme.
La relation se dégage d’une tension sourde.

Ce qu’elle m’enseigne aujourd’hui

Aujourd’hui, la déception ne me semble plus être un raté du processus.
Elle me semble être un moment de vérité.

Elle rappelle que l’autre ne sera jamais exactement là où je l’attends.
Que je ne serai jamais exactement le thérapeute que l’autre imagine.
Et que cette limite-là est précieuse.

Elle m’apprend aussi à reconnaître mes propres besoins :
le besoin de reconnaissance,
le besoin d’être en lien,
le besoin d’être suffisamment bon — sans être parfait.

Et peut-être surtout, elle m’invite à quitter certaines attentes frustrantes, agaçantes, répétitives,
pour entrer dans une relation plus nue, plus ajustée, plus vivante.

Après-coup, encore

Si je regarde aujourd’hui ces collégiales, je souris presque de mon indifférence initiale.
Ce thème qui ne résonnait pas est devenu un compagnon discret de ma pratique.

La déception m’accompagne désormais comme un seuil :
entre ce que j’espère,
et ce qui se donne réellement.

Et j’ai le sentiment que là, précisément,
quelque chose de juste peut advenir.

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