Il arrive que certaines pratiques soient attaquées non pas pour ce qu’elles font, mais pour ce qu’elles représentent. Dans un contexte sociétal où la domination, la peur, la menace et le soupçon s’installent comme modes de régulation, les approches qui font confiance à l’expérience humaine, à la relation et à la subjectivité deviennent vite suspectes. La Gestalt-thérapie n’y échappe pas. Et pourtant, elle tient. Mieux : elle vit.
La Gestalt-thérapie tient parce qu’elle est ancrée dans la pratique, dans le réel des cabinets, des groupes, des institutions, là où se jouent la souffrance, le désir, la déception, la rencontre. Elle tient parce qu’elle ne se réfugie ni dans le dogme, ni dans la croyance, mais s’éprouve, se discute, se confronte.
Les articles de cette newsletter en témoignent.
Une étude récente, publiée dans une revue psychiatrique, reconnaît l’efficacité de la Gestalt-thérapie. Elle ne vient pas « légitimer » de l’extérieur ce que nous savons déjà par l’expérience, mais elle inscrit notre pratique dans un dialogue exigeant avec le champ scientifique.
Ma participation aux collégiales du Collège Européen de Gestalt Thérapie, autour du thème de la déception, a montré combien ce qui pourrait être évité ou pathologisé devient, en Gestalt, un matériau clinique précieux, vivant, transformateur.
La journée organisée par le Réseau Gestalt Ouest – « Quand Éros s’invite dans nos cabinets » – a, quant à elle, donné à voir une communauté professionnelle capable de penser l’intime, le transfert, le désir et leurs enjeux éthiques sans céder ni au silence ni au sensationnel.
Ces espaces disent quelque chose d’essentiel : la vitalité des réseaux de Gestalt-thérapeutes, leur capacité à débattre, à douter, à élaborer ensemble.
Parallèlement à cela, j’ai achevé le DU Santé mentale, phénoménologie et psychologie existentielle, et je poursuis l’écriture d’un mémoire consacré au surgissement en thérapie, à partir de deux cas cliniques et d’un regard croisé entre phénoménologie et Gestalt-thérapie. Ce travail cherche à mettre des mots sur ces moments imprévisibles où quelque chose advient dans la rencontre thérapeutique, sans être programmé, mais jamais par hasard et comment ils influent sur l’avancée de notre travail avec nos patients.
Enfin, je continue à former et à animer à partir du Jeu du RoiReine et du Jeu de l’Émergence, notamment récemment au sein du réseau Germe, un réseau de dirigeants, de managers qui fait le pari – encore audacieux aujourd’hui – que le développement professionnel ne peut être dissocié du développement humain.
Tenir la Gestalt aujourd’hui, ce n’est pas se défendre.
C’est continuer à pratiquer, à penser, à transmettre.
C’est soutenir des espaces où l’on peut encore faire l’expérience de la rencontre, du conflit, de l’altérité, du désir, sans réduction ni normalisation.
C’est, au fond, une affaire de présence.



