02 Fév 2026

Retour personnel sur la journée du Réseau Gestalt Ouest du 24 janvier 2026 sur Éros en psychothérapie.

La journée du Réseau Gestalt Ouest consacrée au thème « Quand Éros s’invite dans nos cabinets » s’est ouverte par une table ronde dense et engagée avec Martine Masson, Stéphanie Sommet et le regard phénoménologique de Jacques Blaize. Il ne s’agissait pas de parler d’Éros comme d’un concept, mais de prendre en compte ce qui se manifeste dans la situation thérapeutique lorsque désir, élan et excitation du contact traversent le champ.

Éros : énergie vitale ou phénomène de situation ?

Pour Martine Masson et Stéphanie Sommet, Éros est d’abord nommé comme une énergie vitale : enracinée dans la mythologie, le développement psychique et le corps vivant. Il est ce qui met en mouvement, pousse vers l’autre, cherche une satisfaction et se manifeste en séance dans les mots, les silences, les affects et les ressentis corporels, chez le patient comme chez le thérapeute.

Avec Jacques Blaize, Éros n’est pas d’abord une énergie à gérer, mais un phénomène susceptible de surgir dans la situation thérapeutique. Il distingue la relation, déjà structurée et scénarisée, de la situation, qui advient et surprend. Dans cette perspective, Éros devient excitation du contact, mise en vibration du champ et ouverture à une nouveauté possible.

Le cabinet : un lieu de manifestations multiples d’Éros

Les intervenantes ont décrit la diversité des formes cliniques sous lesquelles Éros se présente : demandes explicites autour de la sexualité, absence de discours sexuel, séduction manifeste ou défensive, ressentis corporels du thérapeute, confusion entre affection, attachement et sexualité, ou encore répétitions liées à la mémoire implicite.

Un point fort se dégage : l’Éros ne se réduit jamais à la sexualité. Il touche l’identité, l’estime de soi et la capacité à être en lien sans se perdre. Dans une lecture phénoménologique, ce qui importe n’est pas ce que cela veut dire, mais ce que cela produit dans la situation. Le risque n’est pas l’Éros lui-même, mais sa non-reconnaissance.

Cadre et responsabilité : tenir sans éteindre

Un point de convergence fort traverse la journée : Le cadre n’est jamais un protocole figé, mais une disponibilité vigilante : la liberté d’expliciter, de différer, d’utiliser l’humour ou de se taire, selon la singularité de la situation. Expliciter Éros n’est jamais systématique, au risque sinon de quitter la Gestalt pour un modèle plus normatif.

Ne plus savoir : Éros comme opérateur clinique

La dimension la plus profondément phénoménologique apparaît dans le lien entre Éros et le « ne plus savoir ». Travailler avec Éros suppose de suspendre les explications toutes faites, de renoncer aux causalités et de rester au plus près de l’expérience telle qu’elle se donne.

Éros devient alors un opérateur clinique : non pas ce qui explique, mais ce qui ouvre et permet un déplacement du rapport à soi et à l’autre, sans honte ni culpabilité.

Les ateliers : Éros à l’épreuve de la pratique

Les ateliers de l’après-midi ont permis de mettre au travail ce qui avait été ouvert le matin. Les restitutions ont fait apparaître une même exigence : Éros ne se laisse ni éviter ni instrumentaliser. Il traverse le cadre, le corps et la relation comme un phénomène vivant du champ, appelant un ajustement permanent entre présence, responsabilité et créativité.

Conclusion

Cette journée du Réseau Gestalt Ouest a posé une orientation claire : Éros n’est ni à sacraliser ni à évacuer. Il n’est ni danger à contrôler ni moteur à exploiter, mais un phénomène à habiter avec justesse.

Tenir la situation, reconnaître ce qui émerge, et laisser Éros faire son travail… sans jamais s’en servir.

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